Hunter s'est laissé couler

Hunter est mort. Pour ces hommes qui ont vu leur destin lié au sien durant la guerre, il sera passé comme une ombre. Comment, alors, le raconter ?
Dans ce roman d'une rare densité psychologique, où interviennent narration classique, journaux intimes et correspondance, Judy Quinn trace le portrait en creux d'un homme voué à l'oubli. Ce faisant, elle s'interroge sur la façon – et la possibilité même – de parler de l'autre.
« Cher Hunter, tu te souviens, Nanette venait d'arriver de son salon de coiffure, un arbre est tombé à quelques mètres de nous, et on s'est regardés, Nanette, toi et moi, comme si était né en même temps un grand malheur, et c'est là que je t'ai dit que si tu y allais j'irais moi aussi et tu as seulement haussé les épaules, pendant que Nanette me fixait d'un air horrifié, un malheur est tombé, disaient ses yeux, et les tiens ne disaient rien d'autre qu'on est tous seuls de toute façon. »