Métaspora

Métaspora
essai sur les patries intimes

J’appelle métaspora la perversion digitale de la nostalgie. En plus d’être une expérience du don et de l’émotion, la métaspora est aussi une catégorie esthétique, un emblème du Beau.
La métaspora, par ses effets dans l’art et la littérature, s’autorise d’une pensée de Jorge Luis Borges : « De toutes les villes du monde, de toutes les patries intimes qu’un homme cherche à mériter au cours de ses voyages, Genève me semble la plus propice au bonheur. »
Si le concept de diaspora s’étaye d’un retour des souvenirs, réels ou fantasmatiques, du fait de se ressouvenir d’une origine perdue, celui de métaspora cherche à rendre l’avenir présent. Il s’agit d’un ensemble d’actes rendant actuels les événements à venir.
La métaspora procède d’une logique d’improvisation de l’espace et du temps, d’une logique de recréation, placée sous le signe du provisoire, de l’éphémère. C’est l’art de l’indétermination. Logique de spatialisation qui traduit ce que les égarés en particulier, et tout égaré contemporain en général, vivent dans le réseau globalisé dans lequel ils sont insérés.
Les essais rassemblés dans le présent volume cherchent à accréditer l’idée que l’écrivain enrichit son intimité avec les lieux où il vit et où il a vécu dans la mesure où il garde une conscience aiguë de sa condition itinérante, de sa dignité d’étranger souffrant. Lieux, visages, objets, sons, autant de « patries intimes » qu’il transporte partout avec lui.
C’est ce mouvement d’espérance en la primauté du voyage qui les conduit, ses contemporains et lui, à se constituer en métaspora, c’est-à-dire à devenir les cosmopolites de leur propre culture, des étrangers à leur propre nation.