Nous aurons vécu nous non plus

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Nous aurons vécu nous non plus

«Désenchantée » de Mylène Farmer succède à « Ce soir on danse à Naziland » de Starmania dans le lecteur CD à mille vitesses. La musique est un exutoire à tout mal de ventre, tout mal aux sens dont souffrent les personnages sous les spots et les lasers rouges de Nous aurons vécu nous non plus. C’est dans cette zone inconfortable de l’imaginaire qu’il faut lire le bref roman épistolaire de David Ménard. S’y racontent trois voix, inscrites sur le papier. Vava-Cuitée, la meilleure amie d’Ovide-Lyre, héros écorché des échanges épidermiques sans lendemain, console ce mal-aimé assujetti aux désirs de Honey-Comble, amant volage par qui le désir arrive et repart au gré des foudres de l’instant d’instinct.

Au fil des lettres écrites par les trois protagonistes, l’histoire se construit, intense et ironique. Ménard nous offre une langue à la fois poétique et crue, cousue sur la paillette du soir, figurant les étoiles qui vont bientôt tomber dans la gadoue. Il explore à sa manière le mal-être d’une génération boulimique qui surconsomme la nuit, la drogue et les corps dans le but de combler un vide de tendresse dont tous ses membres sont porteurs. Ils exigent l’absolu dans l’ici et maintenant, mais les contes de fées de leurs ancêtres sont devenus trop petits pour eux et ils tombent tête première dans des contes beaux à faire peur.

Suivons-les dans cette descente du rêve vers le cauchemar et tant mieux si nous n’en sortons pas intacts, car la vie est à ce prix.